Bretagne trilingue
D’un coté il y a l’Etat français qui a imposé la langue française dans l’hexagone en encourageant, du même coup, un véritable linguicide. D’un autre coté il y a les peuples concernés qui se retrouvent gravement amputés culturellement car à terme le monolinguisme l’emporte et les langues populaires crèvent en silence ou presque.
En ce qui concerne la Bretagne, les militants du brezhoneg( la langue populaire de Basse Bretagne) ont, à force de persévérance et de luttes acharnées réussi à faire évoluer sensiblement l’image du brezhoneg empreinte de honte et de culpabilité. Cependant, dans l’état actuel des choses le brezhoneg est condamné à mort. Le gallo, quant à lui, est dans une situation encore moins reluisante puisque le travail de reconnaissance de la langue populaire de Haute Bretagne n’en est pour ainsi dire qu’à ses débuts. Pour arranger le tableau, le gallo rencontre parfois l’hostilité de certains militants du mouvement breton qui voient dans le gallo une sorte de bête noire qui vient contrarier les projets autoritaires qu’ils mijotent pour la Bretagne.( comme, par exemple, l’idée fabuleusement crétine d’imposer le brezhoneg dans l’ensemble de la Bretagne en se moquant parfaitement des réalités linguistiques !) Certains militants radicalisent leurs propos, parfois jusqu’à la caricature, mais LE responsable de cette situation demeure l’Etat français qui bloque toute avancée en faveur de la reconnaissance des langues dites « minoritaires ».
Dans la perspective d’une Bretagne émancipée possédant un réel pouvoir décisionnel il est nécessaire de mettre en garde, par avance, des dérives possibles. Ce serait par exemple le cas si, le brezhoneg devenait effectivement la langue « nationale »bretonne et s’imposait aux bretons sous prétexte que le français a été imposé. Ce serait tirer de bien piètres leçons de l’Histoire. Car que cela dérange ou non il est un fait avec lequel il faut composer : la Bretagne est trilingue. Le gallo et le brezhoneg sont les deux langues populaires traditionnelles et il est tout à fait légitime de les promouvoir et de développer leurs pratiques mais il serait totalement monstrueux de renier la langue française et d’encourager sa disparition. La langue française a été imposée mais fait aujourd’hui partie du quotidien des bretons. Vouloir le nier serait à la fois nier l’Histoire et nier ceux qui la parlent.
Il est donc nécessaire de respecter l’identité trilingue de la Bretagne qui est une richesse inestimable. Dans l’attente d’une émancipation libertaire du peuple breton, le brezhoneg et le gallo doivent être défendus avec la même virulence dans le rapport de force disproportionné qui les oppose à l’Etat français. Seule la lutte paie ! ! !