L'après Seattle sera violent ou ne sera pas

 

Voilà que les luttes, les batailles menées par bien

des gens nous démontre quelque que chose de bien

tangible. L'après Seattle conduit indubitablement à

une prise de position politique des gens, et cette

prise de position se fait en faveur de l'action qui

peut parfois être violente. Nous voyons ainsi que les

arguments démagogiques des non-violents ne nous

atteignent plus.

 

Le Sommet de la Jeunesse y était pour quelque chose.

Les manifestations brutalement réprimées ont du moins

servi à montrer une chose : la violence peu être

employée comme solution lorsqu'il est impossible de

faire autrement, et voilà que l'on remarque bien que

l'autrement n'existe pas!

 

Et si les jeunes avaient décidé d'agir? Chronique de

la non-violence déboulonnée :

 

Les arguments non-violents que l'on entend ne riment à

rien, on le sait bien. Mais pourquoi? Voyons voir de

près ce qu'on peut entendre de la bouche des membres

de ces sectes, dont le CANEVAS est leur Vatican

idéologique et Duhamel le grand pape gâteux.

 

1. " On ne peut changer les choses avec les même

moyens que nos adversaires " : cette phrase est

souvent employée pour dire que si le gouvernement est

violent, en étant nous-même violent, on devient comme

lui. Il est tellement facile de mélanger les concepts

et les choses. Mais allons plus loin : en aucun cas

notre violence serait celle du gouvernement. Nous ne

voulons pas organiser une force policière pour

contrôler les gens. On se démarque de nos adversaire

dès cela. Nos moyens sont différents : nous ne prônons

pas l'utilisation de la force pour réprimer la

contestation. Nous ne sommes pas payés pour faire

cela. Les flics agissent violemment parce qu'ils en

ont reçu l'ordre. Si on leur demandait de pelleter de

la neige à la place, ils le ferait. Nous agissons par

nécessité, pas eux; que ce soit pour notre survie,

pour se défendre ou pour faire changer une situation

que nous considérons intolérable. Personne n'oblige

quelqu'un à devenir flic; nous somme pauvres par

obligation, pas par choix. La violence devient alors

non pas un choix, mais une nécessité tactique.

 

2. " On ne répond pas à la violence par la violence "

: sentence clef du mouvement pacifiste qui tend à

démontrer (en conséquence de la première affirmation)

que la violence ne fait qu'engendrer d'autre violence.

À cela, on n'a qu'à répondre : oui, et puis? Il n'y a

aucun problème à vouloir qu'une violence de la part

des autorités engendre une réponse violente de notre

part. Et puis, la violence, on la subit quand même,

alors elle est présente, nous ne décidons pas

unilatéralement d'utiliser la violence de n'importe

quelle manière et sans raison. Nous sommes capable de

justifier son emploi ; que ce soit en cas

d'autodéfense ou parce que c'est la seule façon de

faire changer les choses.

 

3. " Il faut être conséquent : nous désirons une

société non-violente, alors nous employons des moyens

non-violents. " Oui, nous sommes conséquent, c'est un

fait, mais qui a dit que nous désirions une société

non-violente? Oui, nous désirons la fin des guerres,

la fin de la violence organisée par l'État. Mais nous

désirons surtout une société où les gens vont être

capable de répliquer à la violence, et de s'organiser

en fonction de la violence des autres, pour la

minimiser, pour jouir du plus de liberté possible.

Cette affirmation, de la part des pacifistes, dénote

une coupure radicale entre la théorie et la réalité.

Même si nous croyons que dans une société idéale,

personne ne devrait employer la violence contre

quelqu'un d'autre, cela ne veut pas dire que cette

visée de l'esprit peut s'appliquer ici et maintenant.

Il ne faut pas oublier que ce sont les intérêts de

grands capitalistes qui justifient qu'ils emploient la

violence pour arriver à leur fin. Tant que ces

conditions vont exister, il sera impossible d'enrayer

la violence, de leur part comme de la nôtre.

 

4. " Laissons à l'État le soin d'agir violemment. "

Cette affirmation de la part des non-violents est

terrifiante. Cela veut dire que nous acceptons illico

de ne pas nous battre à armes égales. Sous quels

prétextes? Simplement que nous voulons une société

non-violente (voir #3). La société capitaliste tire

une grande partie de sa force dans le monopole de la

violence et en ce sens, c'est bien plus jouer son jeu

d'accepter ce monopole que de le dénoncer en agissant.

Ne faisons rien de ce que l'État veut, plutôt que de

ne rien faire comme eux. Personne ne peut prétendre

que toutes les fonctions de l'État sont négatives et à

rejeter. Nous prétendons plutôt que l'État ne devrait

pas exister parce qu'il a le monopole de discours, de

représentativité, d'action sur ces fonctions et qu'il

agit selon ses propres intérêts et non dans les

intérêts des gens concernés. Nous voulons que chaque

personne, chaque groupe d'affinité, chaque

collectivité puisse décider du bien qui lui est

propre, et cela inclu aussi l'usage de la violence.

Une collectivité qui décide de s'organiser violemment

contre une agression extérieure est légitime. Une

collectivité qui décide d'en agresser violemment une

autre ne l'est pas, et cela finit là. Il n'est pas

besoin d'être bien renseigné pour voir la différence

entre les deux types de violence.

 

5. " Toute violence est mauvaise, parce qu'elle est

violente ". Souvent, les non-violents regroupent sous

une bannière toutes sortes de phénomènes qu'ils

qualifient ainsi de violence. Le problème, c'est que

souvent, tout ce qui va à l'encontre de leur position

politique est considéré comme violent. C'est un moyen

que ces gens utilisent pour agir d'une manière

beaucoup moins radicale qu'ils ne veulent le laisser

croire. Le CANEVAS en est un bon exemple. Il est

théoriquement contre l'État, le capitalisme, etc. Mais

dès que vient le temps d'apporter une critique plus

globale de l'État et du capitalisme, critique qui

implique qu'on agisse contre ces phénomènes, on se

retrouve au banc des accusés parce que nos tactiques

sont considérées comme violentes. Si on regarde un peu

plus loin, on se rend bien compte que les

revendications de ces groupes restent tout à fait

réformistes sans grande envergure et surtout, ne sont

pas du tout révolutionnaires. Ainsi, la destruction de

la propriété privée devient violente. Le fait de crier

des noms aux flics que l'on déteste est

violent. Le slogan " la police au service des riches

et des fascistes " est même considéré comme violent

par le CANEVAS! Pourtant, ces gestes n'entrent pas

dans leur définition plus générale de la violence. On

catalogue après coup les actes qui sont mal vus de la

part des leader du mouvement. En fait, toute action ou

parole subversive, ou qui peut entraîner un

débordement ou une perte de contrôle de l'action par

les organisateurs est stigmatisé du sceau de la

violence, même si ça n'a rien à voir. C'est à se

demander si une femme qui assomme ou tue ses violeurs

pour ne pas être violée est considérée comme violente.

D'ailleurs, dans ces cas, on voit bien toute la

contradiction d'un tel système de pensé. Il ne

faut pas nier la source initiale de violence, celle

qui déclenche notre propre violence, car c'est toute

la différence. Les personnes qui déclenchent la

violence sont d'accord pour l'employer et donc la

trouve d'avance justifiée et justifiable. En

répliquant violemment, nous nous battons avec des gens

qui acceptent l'usage des ces moyens. Nous sommes

forcés de les employer, alors que ceux-ci ne le sont

pas. Ils sont les seuls coupables de notre propre

violence.

 

6. " Être non-violent est l'action la plus radicale

qui soit ". Cette idée court souvent, pour dire que

cela demande plus de courage et de radicalité de

s'asseoir devant une ligne de flics et de se faire

arrêter et même tabasser que de s'en aller devant une

forte pression. Il est assumé ainsi qu'il est plus

utile de tenter par tous les moyens de résister

pacifiquement, et donc que l'efficacité de l'action

est plus grande en restant assis, que de reculer

devant l'anti-émeute. Mais revenons sur terre. Si

notre objectif est d'empêcher une conférence, de

bloquer la rue, etc., ce n'est pas une fois dans le

panier à salade que nous sommes efficace. L'efficacité

d'une action dépend de notre capacité à tenir le plus

longtemps possible. En reculant en temps voulu, en

revenant à la charge, en détruisant les lieux

physiques, nous gagnons en force, nous faisons

perdurer une situation au-delà du temps permis par les

autorités. Nous ne donnons pas le pouvoir aux forces

de l'ordre de décider du moment où l'action doit

prendre fin, nous agissons selon notre propre agenda,

nous gardons notre liberté d'action. Une personne est

rarement plus utile en prison que libre.

 

7. " Résister pacifiquement crée un " empowerment "

incroyable " On emploi souvent cette phrase pour dire

que l'action pacifique permet aux gens de reprendre

confiance en eux et qu'elle apporte une prise de

conscience de la possibilité de résister. En fait, la

résistance, qu'elle soit violente ou non, crée cet "

empowerment ". Cependant, se faire arrêter démontre

très bien qui possède le gros bout du bâton, tandis

qu'être capable de défier impunément les cannons de

l'ordre établi encourage à recommencer. Une personne

sous mandat ou qui fait face à des procédures légales

voit son autonomie d'action restreinte par rapport à

d'autres qui peuvent jouir de leur pleine liberté.

Voilà pourquoi il est ridicule d'accepter de se faire

arrêter. La première phase de l'intériorisation de la

répression passe par le consentement que l'on donne

aux forces répressive d'agir à leur guise sur notre

personne.

 

8. " L'action non-violente attire la sympathie

contrairement à l'action violente qui est tout de

suite dénoncée. " Il est vrai que dans la plupart des

cas, l'action non-violente ne sera pas autant

stigmatisée que l'action violente. Mais derrière cette

dénonciation/acceptation, il y a tout un système

médiatique et légal qui agit selon ses intérêts. Si

l'action pacifique est mieux présentée dans les

médias, c'est parce qu'elle dérange moins. Il ne faut

pas oublier que La Presse, Le Journal de Montréal, la

Gazette, le National Post, appartiennent à des

grands capitalistes qui n'ont pas envie que l'on s'en

prenne à eux. Une action violente est par définition

incontrôlée (par un groupe restreint, on s'entend) .

Donc ces gens vont vouloir que les manifestations

restent sous le contrôle de personnes qui ne désirent

pas s'attaquer à leurs intérêts. On l'a bien vu, dès

que les intérêts privés sont ciblés (i.e : Conseil du

Patronat) la répression et la couverture médiatique

change du tout au tout même pour une action

non-violente. Il s'agit donc de ne pas laisser aux

journaux bourgeois le soin de déterminer pour nous ce

qui est bien et ce qui ne l'est pas. On l'a vu à

Seattle, les manifs violentes ont aussi entraîné la

sympathie de bien des gens partout dans le monde,

parce que ce qui se passait touchait la planète

entière et que les intérêts de classes se

manifestaient. Les médias ont censuré, dénoncé, etc.,

mais la population (du moins une partie) a gardé sa

sympathie envers le mouvement.

 

9. " La répression dans le cas d'une action

non-violente ne peut que nous être favorable. Dans le

cas où les autorités ne réagissent pas, nous

atteignons notre objectif, et dans le cas où les

autorité réagissent, nous entraînons sur nous la

sympathie populaire qui fera grossir le mouvement. "

Cette affirmation est loin de s'être réalisée par le

passé. D'abord, il faut se questionner sur les

objectifs. Bloquer pendant une journée un édifice

gouvernemental (ex. : complexe G) ou tenter de bloquer

une conférence quelconque (opération SalAmi) ne

représente pas une énorme victoire. Ce sont des

actions sans lendemain. Obtenir vraiment quelque chose

nécessite un travail plus long. Évidemment, si notre

seul objectif est de bloquer tel ou tel endroit

pendant une journée, la victoire peut être possible.

Mais il semble que les revendications de ces actions

étaient plus importantes... Et si les autorités

réagissent et réprime l'action, un mouvement de

sympathie jaillira de la population outrée? Non, ce

n'est jamais arrivé. Les arrestations à l'opération

SalAmi n'ont jamais abouti sur rien. Cette idée n'est

qu'une vue de l'esprit sans lien avec la réalité. Il

ne faut pas oublier que pour attirer la sympathie, il

faut que les gens soient au courant des dessous de

l'action, et ce ne sont pas les médias qui vont le

faire, mais ce

doit être les gens qui participent à ces actions, par

le biais de journaux, de comités de mob, etc.

 

10. Enfin, l'argument suprême : " Gandhi et

Luther-King " ont réussi à changer les choses sans

violence. Voilà, voilà, on ressort les fantômes du

passé pour justifier notre action présente, dans un

tour de force de démagogie. Mais en fait, qu'est-ce

qui a vraiment changé? Gandhi a libéré l'Inde?

D'abord, ce n'est pas Gandhi seul qui a fait libérer

l'Inde. Des mouvements pacifistes comme celui-là, il

en existait depuis un siècle en Inde; pourquoi celui

de Gandhi aurait-il libéré l'Inde? La population,

d'ailleurs, était loin d'être unilatéralement

non-violente (ex. : Poulandavie [je ne suis pas

certain de l'orthographe]). L'Angleterre était

d'ailleurs en train de perdre une à une ses colonies,

dont la Chine qui était loin de le faire d'une manière

non-violente), et le coût du système colonial était

de plus en plus élevé pour la couronne qui ne

jouissait plus des avantages du mercantilisme dans une

société capitaliste industrielle. D'ailleurs, les

grand bourgeois Anglais ne se sont jamais retirés de

l'Inde. Pourquoi? Tout simplement parce qu'ils

étaient toujours les bienvenus. Et puis en se retirant

de l'Inde, l'Angleterre a laissé un cadeau empoisonné

: la partition du Pakistan, aujourd'hui dictature

religieuse. C'est donc ça la victoire de Gandhi?

Victoire arrachée alors que le système colonial se

démantelait?

 

Et Martin Luther-King là-dedans? Il aurait été, à lui

seul, l'acteur de l'émancipation des noirs américains,

et ce d'une manière non-violente. Mais faut-il

rappeler que le bon pasteur collaborait avec l'État

qui l'oppressait, et qu'il a gentiment accepté la

répression violente des émeutes noires à Chicago? À

cette époque, des groupes que le Black Panthers Party

étaient en train de déstabiliser le système

capitaliste et de recueillir un énorme support dans la

jeunesse de la classe moyenne blanche, qui elle aussi

se révoltait. Le danger d'une insurrection était bien

réel, et Luther-King a plutôt servi à canaliser les

plus modérés, et surtout les plus conservateurs, pour

empêcher une vrai libération du peuple noir et des

autres peuples. De toute façon, le résultat est

toujours mitigé, plus de 30 ans après. Les noirs sont

toujours un des peuples les plus opprimés en Amérique,

et la pseudo-action de Luther-King n'a que contribué à

empêcher une libération plus totale.

 

Il ne faut pas plier à la démagogie de la

non-violence. Dans l'espoir que ces quelques arguments

puissent enfoncer un peu leur beau discours dans une

abîme insondable.

FYJ

 

 

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