L’Europe on s’en fout ! On veut plus de frontières du tout !

 

 

fort.gif (8908 octets)A l’approche des élections européennes, on a l’occasion d’entendre toute une partie de la gauche défendre la notion d’Europe sociale. La gauche dite révolutionnaire oppose l’Europe des travailleurs à l’Europe du fric et des flics. Dans nos propres rangs on défend l’Europe des peuples mais est-ce que la notion d’Europe correspond à une réalité ? Nous répondrons à cette question dans ce premier article et complèterons notre point de vue par un deuxième article abordant l’Europe sous un autre angle dans le prochain numéro.

 

L’Europe, contrairement à ce que certains pensent, n’est pas et n’a jamais été une réalité sociale, historique, culturelle, ni même géographique. L’Europe n’a d’existence que dans une certaine vision de l’histoire et dans une organisation sociale bien définie. Le mythe de l’Europe se confond avec celui de l’occident : le berceau du monde blanc et de la "civilisation".

"L’Europe et l’histoire sont niés quand une poignée de fugitifs se sont agglomérés artificiellement en une cité" (Simone Veil). Cette cité est Rome, l’empire se forme, l’Europe et la civilisation occidentale apparaissent. Dès lors la construction de l’Europe servira à légitimer toute forme d’impérialisme. Europe, Romanité et histoire se mêlent pour ne faire qu’un : l’occident. Après l’effondrement de l’empire, le christianisme Romain héritera de ses structures pour aller à la conquête des âmes païennes. Il est significatif que les évêchés ont succédé aux cités gallo-romaines et que Rome est encore aujourd’hui la cité du chef de l’église catholique. Ensuite, Charlemagne se fera couronné empereur par l’église pour laisser place au saint empire romain germanique. Notre but n’est pas de donner une leçon d’histoire mais bien de démontrer que Rome, Charlemagne, Louis XIV, Napoléon, le IIIième Reich ne sont que la même histoire qui se répète : la romanité contre les minorités. Depuis deux mille ans, chaque forme d’impérialisme européen a repris les superstructures et l’esthétisme de l’empire Romain. On peut se rendre compte que le néoclassicisme (style reprenant l’esthétisme de l’Empire Romain) est apparu en même temps que la révolution industrielle. C’était l’expression culturelle d’une classe sociale dominante reprenant à son compte une tradition ayant fait ses preuves. Et oui la bourgeoisie est l’héritière directe de la romanité. Toutes les guerres, toutes les conquêtes se sont faites au nom de l’unification. Aujourd’hui si la construction de la UE ne se fait pas dans le sang elle n’en reste pas moins l’accomplissement de cette volonté millénaire d’unifier par tous les moyens.

Une culture artificielle

La culture européenne c’est l’éloge de la civilisation occidentale et le mépris de tout ce qui n’y appartient pas ou s’en refuse. Ainsi, par exemple, l’intelligentsia pro-européenne parisienne conforte son racisme jacobin vis-à-vis des corses, basques et bretons. "La liberté pour un basque, c’est de le droit de troubler la tranquillité de l’Europe et de porter un béret" peut-on lire dans un article du Nouvel Obs du 20/06/94 intitulé "Basques : guerre à l’Europe". La civilisation tient en 3 mots : Rome, Europe et Occident, le reste n’est que barbarie. La culture européenne n’existe pas, l’Europe telle qu’on la délimite a en son sein une kyrielle de cultures très différentes. Va-t-on unifier l’Europe comme on a unifié la France ? A coup d’interdiction des langues et de folklorisation des cultures populaires ? Combien de dialectes ont fait les frais de l’unification à la française ? Combien de danses et musiques populaires ont été réduites au rang d’attractions pour touristes par le ministre de la culture ? Pourquoi le centralisme européen ne conduirait pas à la même politique que le centralisme français ? Le but est le même : le pouvoir. On dépossède les individus de leur identité, on leur impose une culture homogène de consommateurs européens.

Lutter contre l’impérialisme

Les principales luttes de classes ou luttes antifascistes qui ont eu lieu jusqu’à la première moitié de ce siècle étaient bien l’incarnation du refus d’un système particulier qu’on essayait d’imposer à la population. Ce système appelé capitalisme est bien né en Europe. "Les travailleurs n’ont que faire de l’Europe, ils n’ont que faire d’une délimitation de l’espace qui n’a de sens et de finalité qu’au regard du système d’échanges du capitalisme [...] l’Europe c’est Rome, non "la patrie des européens" mais la machine de guerre d’une civilisation prédatrice qui trouve dans la domination et l’asservissement des peuples pour sa propre fin" (L’Europe contre la Bretagne, Erwan Vallerie, 1974). L’histoire des révoltes et révolutions qu’elles soient de libération nationale ou sociale doit être examinée selon le rapport des populations locales face à une certaine idée d’impérialisme européen. La révolte des venètes contre l’empire romain, des cathares contre la chrétienté romaine, des bretons et des basques contre Charlemagne ne sont que les formes situées d’une même résistance face à l’impérialisme européen. Toute l’histoire des minorités est celle de leur lutte contre l’impérialisme et de leur intégration progressive à l’Europe.

L’Europe est le renouvellement de l’empire

Contrairement à ce que certains militants progressistes voudraient faire croire, l’Europe n’est en aucun cas un pas vers l’internationalisme. L’Europe n’est qu’une forteresse, dont le but est de défendre les intérêts de petits blancs nantis. L’Europe c’est l’élaboration d’un système planétaire divisé en deux camps, l’occident et le tiers-monde.

Sébastian, militant de Breizh Etrevroadel ;

Manu, Trégorois internationaliste.

Texte paru dans No Pasaran!

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